
Université: la loi LRU critiquée au nom du modèle américain
Libération, dans son édition du 20 décembre 2007, publie une tribune d’Anne E. Berger, professeur au Centre d’études féminines et d’études de genre de l’université Paris VIII, et au département d’études romanes de Cornell University, aux Etats-Unis. Il s’agit d’une contribution informée et substantielle d’une universitaire qui appartient à deux établissements, de part et d’autre de l’Atlantique.
L’argumentation mérite d’être lue dans l’original. Quelques éléments peuvent être, néanmoins, soulignés. La tribune de Madame Berger est critique à l’égard de la LRU, mais elle l’est d’une façon qui semble très éloignée de ce que la plupart des opposants à la loi publient dans la presse ou déclarent devant les microphones.
Ici, le grief principal porte sur les intentions affichées du président de la République, à propos du financement par l’Etat de formations et de recherches dans le domaine des humanités et des sciences sociales, qui ne semblent pas contribuer directement à la croissance économique ou à l’\"économie de la connaissance\".
La stigmatisation, clairement dédaigneuse, de ces disciplines semble donner raison à celles et à ceux qui interprètent la LRU comme l’instrument de leur liquidation. Or, ce qu’écrit Madame Berger, c’est que le réseau des universités américaines, dans sa diversité, ou pour le dire clairement avec ses différentes \"vitesses\", est bien mieux armé que le nôtre pour protéger et favoriser les humanités et les sciences sociales. Ce réseau y parvient parce qu’il bénéficie d’une authentique autonomie :
► Sur le plan financier par une combinaison, différente au cas par cas, de ressources publiques et privées ; ► Sur le plan intellectuel par absence de toute instance fédérale de régulation des disciplines (du type Conseil national des universités) ; ► Sur le plan de l’évaluation, qui procède des pairs et de la notoriété, dans un système de mobilité des enseignants et des étudiants ; ► Sur le plan de la professionnalisation, puisque le premier cycle demeure réellement pluridisciplinaire, sans connaître l’attraction hypnotique des concours mono-disciplinaires et professionnels (Capes, Agrégation).
Autrement dit, à la lumière de l’expérience américaine, dont se réclament les partisans de la LRU, cette dernière appelle deux critiques :
► Elle est votée et promulguée dans le contexte de l’annonce d’une politique de sous-financement des sciences humaines et sociales, dont seul le président de la République a diffusé l’idéologie et délivré l’annonce ; ► Elle demeure beaucoup trop timide en matière d’autonomie pour permettre de faire vivre à l’université des dispositifs pluridisciplinaires, tels qu’ils n’existent que dans les classes préparatoires et dans les instituts d’études politiques, et qui pourraient consolider la place des humanités et des sciences sociales dans la formation des étudiants.
Le paradoxe c’est qu’une autonomie approfondie et vraiment conséquente pourrait bien être combattue, demain par ceux qui aujourd’hui sont hostiles à l’accroissement des pouvoirs des présidents d’université, et... par la plupart des présidents eux-mêmes ! Si l’on voulait être un brin provocateur, on en conclurait : Valérie Pécresse, encore un effort pour qu’une véritable autonomie des universités conjure les menaces qui planent sur les disciplines qui, parce qu’elles apprennent à analyser le monde social, sont indispensables dans tout dispositif de production des savoirs.
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Université américaine versus université américaine, voici la prise de position de la nouvelle présidente d’Harvard qui dénonce une université qui serait seulement centrée sur la « performance économique »
http://www.nytimes.com/2007/10/13/education/13harvard.html
Une citation intéressante issue de ce texte : She paraphrased W. E. B. DuBois: “Education is not to make men carpenters so much as to make carpenters men.”
Le Docteur Faust, présidente de Harvard, a prononcé, en effet, un admirable un discours d’entrée en charge.
Sa volonté d’ouverture sociale est le résultat d’une donnée structurelle et d’une donnée conjoncturelle. Du côté structure, le capital placé par l’université de Harvard depuis le troisième tiers du XVIIIème siècle représente plusieurs milliards de dollars, ce qui offre quelques marges de manœuvre financières. Du côté conjoncture, la restriction des subventions publiques fédérales décidées par l’administration de George W. Bush appelle une compensation sur fonds privés. En l’occurrence, c’est le patrimoine de l’université qui doit financer la politique d’ouverture sociale, et il faut s’en réjouir.
Notons, du reste, que l’histoire des universités américaines est marquée par des à-coups de ce type. Tel fut le cas des dispositifs de discrimination positive (affirmative action) qui ont incontestablement marqué des points dans le sens d’une plus grande égalité des chances, n’en déplaise au clergé de l’universalisme républicain à la française.
Quant à la citation de Du Bois, pour la mettre en œuvre chez nous, il faudrait commencer par s’interroger sur ce que signifie de proposer à des jeunes gens de dix-sept ou dix-huit ans de se former à la psychologie, ou à l’histoire ou à l’économie, sans possibilité de découvrir la diversité de la carte des savoirs. Et si nous décidions de leur permettre de se construire eux-mêmes à travers leurs choix, peut-être serions-nous mieux fondés à prétendre former des personnes.
Nous perdons tous notre temps. Le problème français est la centralisation excessive des centres de décisions sous prétexte de suffrage universel.
Faire assaut d’intelligence, de démonstrations argumentées ne sert à rien si celui qui tranche a déjà tout décidé, suivant une idée fixe, avant même que les concertations ne débutent.
Le fameux « Grenelle » de l’environnement en est le parfait exemple.
Ce grenelle, lieu de confrontation des expériences et des idées, des intelligences et des intérêts, a produit des dizaines de mesures concrètes, consensuelles, formant un ensemble cohérent et indissociable.
Hélas, le type, celui qui a son bureau à l’Elysée, a déjà décidé de tout avec un ou deux fidèles conseillers. Il publie ses diktats en les couplant avec des mesures « grenelle »s vaguement ressemblantes.
Et les participants écoeurés se rendent comptes que tout leur travail n’a servi à rien d’autre qu’à servir de paillasson à un type qui croit tout savoir sans jamais avoir rien appris.
Résultats: A tous les coups, des taxes supplémentaires pour le petit peuple et des subventions pour les grosses entreprises, sous formes de franchises, vignettes,exonérations,..etc.
C’est ça la méthode « Vème république » reprise par notre président boulimique, il y en a encore pour 4 ans et demi et le pire est à venir.
Tout à fait d’accord avec Daniel R ce ne sont que des ammorces destinées à introduire des mesures capitalistes primaires. Cf le travailler plus pour gangner plus. Au départ c’était faites des heures supplémentaires elles vous seront payées mais pas fiscalisées, puis c’est devenu faites vous payer vos RTT, sauf que là la majoration légale des heures sup disparait et la desficalisation idem, tout cela pour arriver à la suppression des 35 heures et à une durée légale du travail…. ce sera pareil dans tous les domaines universités, sécu, retraites… quant au pouvoir d’achat c’est clair les chiffres sont tronqués et malgré ça il diminue et ce n’est pas prêt de s’arrêter.
« il y en a encore pour 4 ans et demi et le pire est à venir.»
oui, c’est comme si l’on était en prison ! On compte les jours…
Ca va être long, très long. A moins d’une libération anticipée (évènements > dissolution > cohabitation )??
Et oui, le problème est là: on appelle ça une loie d’autonomie, et c’est une loie qui donne de l’autonomie plus ou moins vraie que sur les domaines où de toutes manières, les choix sont innexistants, alors que sur les domaines où il pourrait y avoir de vraies raisons de faire des choix stratagiques, il n’est pas possible de choisir en dehors de ce qui a déjà été choisi par Mr le Président!
Par exemple, à Dijon, un conseil d’administration actuel (environ 50 personnes élus par leurs pairs) s’est réuni pour choisir parmis eux les représentants du futur conseil selon les modalités LRU… S’ils ne le faisaient pas, c’est Mr le Président (ministère, il existe encore?) qui choisi qu’il n’y en a que vingt qui ont le droit de sièger… Où est l’autonomie???
Un article intéressant qui montre les limites assez paradoxales de la LRU. C’est une loi un peu mi-figue mi-raisin qui a été affaiblie pour passer plus facilement, donc elle mécontente à la fois ceux qui crient au retrait de l’état et ceux qui se désolent que la centralisation exagérée de la France ne ruine ces efforts. Esperons que le loi sera complétée par une meilleure marge de manoeuvre pédagogique - et corrigée dans ses excès au niveau administratif !
Quelques compléments d’information:
- sur l’autonomie proclamée qui cache une plus grande dépendance: un article de Jérôme Bourdieu et Didier Chatenay : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article132
- sur le modèle américain: « Oubliez Harvard » : http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article162
« La diminution des postes de titulaires soulève l’inquiétude [dans les universités américaines] » http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article129
« Passé et passif de l’enseignement supérieur américain » http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article50
Le très intéressant article de Mme Berger fait apparaître que les États-Unis ont plus conservé l’idée d’université que la France, université étant entendu ici comme lieu de production et de transmission collectives de savoirs, lieu géré par ceux qui produisent et qui transmettent les savoirs.
La France en garde la trace dans le statut des enseignants du supérieur (leur recrutement se fait suivant des procédures particulières) et dans la situation du président de l’université (ce n’est pas un administratif désigné par l’administration). Mais ces trois ou quatre dernières décennies d’importantes dérives ont eu lieu. Les deux principales sont le poids excessif de l’administration (ministère et services centraux des universités) et une excessive professionnalisation des formations. Une vraie réforme se proposerait de contrecarrer ces tendances. Or rien de tel dans la LRU.
En l’état, renforcer les pouvoirs du président ne fera qu’accroître le poids de l’administration. Pour avoir une chance d’en sortir, il faut abandonner ou en tout cas profondément réformer le contenu de la politique de contractualisation des rapports entre le ministère et les universités. Une véritable autonomie passe par là. Le fera-t-on ? Il faut aussi une véritable gestion collégiale à l’intérieur de l’université. C’est le chemin exactement inverse qui est pris.
Une certaine demande sociale est incontestablement en faveur de la professionnalisation des formations. Mais il est sûr aussi que la majorité des personnes changeront plusieurs fois dans leur vie d’emploi ou de fonction. Plutôt que leur faire acquérir tout de suite un savoir faire (nécessairement périssable dans notre monde), ne serait-il pas préférable de mettre l’accent sur l’acquisition d’outils intellectuels qui ensuite permettent d’apprendre ?
Rien n’est dit sur cela. Mais quand on sait comment a été menée la réforme du LMD, il est permis d’avoir les pires craintes.
Deux remarques. L’université est dans un état pitoyable. Dites donc, faites-moi la liste des ministres qui ont eu en charge l’enseignement supérieur depuis 25 ans. N’auraient-ils pas une part de responsabilité ? N’est-ce pas la politique qu’ils ont menée, qui a conduit là où nous en sommes ? (Je ne dédouane pas pour autant les universitaires, mais c’est un autre débat)?
Reprocher aux universités leur taux d’échec en premier cycle relève d’une curieuse attitude. C’est un peu comme si l’entraîneur d’une équipe de sport était obligé de prendre tous ceux qui se présentent (quelles que soient leurs aptitudes), qu’il ait l’obligation de les faire jouer et qu’ensuite on lui reproche de perdre en championnat.
Remarque : l’université française ne prend pas tous les étudiants, elle prend ceux qui ne sont pas allés en classes préparatoires. Nuance… elle est donc privée, contrairement à ses concurrentes étrangères, de la plupart des élèves les plus brillants. Ajoutez à cela que le coût d’un élève de prépa est beaucoup plus élevé qu’un étudiant à l’université… A quand l’intégration de toutes les écoles, grandes et petites, à l’université ?
Et pendant tout le temps où vous autres, chercheurs et profs d’université, continuiez à soliloquer dans vos salons (il faisait bien trop froid sur les piquets de grève, en plus il pleuvait!), des mômes se faisaient tabasser, forcés d’abandonner leur lutte, faute de soutien. Leur vie de demain. Je ne suis pas sûre que l’on retienne pour l’éternité vos débats d’experts, éparpillés sur quelques sites, épatants certes, mais tellement peu audibles. Les anti-bloqueurs sur TF1, c’était autrement plus efficace. Et si vous aviez essayé d’expliquer à ces anti-bloqueurs que le sens de la vie c’était bien autre chose ? Simplement.