
Des intellectuels chinois s'opposent à Pékin sur le Tibet

En plein cœur de la bataille de la propagande menée par les autorités chinoises pour retourner l'opinion publique chinoise contre les manifestants tibétains et contre le dalaï lama, plusieurs dizaines d'intellectuels chinois ont pris le risque de rédiger, signer, et publier un autre son de cloche dissonant. Ce texte rendu public samedi, dont Rue89 vous propose la traduction intégrale en français, propose une alternative à la répression, et l'ouverture d'un dialogue avec le dalaï lama.
Les signataires sont pour beaucoup des intellectuels dissidents connus, tels Wang Lixiong, Liu Xiaobo ou Yu Jie. Ils savent ce qu'ils encourent de s'opposer ainsi à la position officielle du Parti communiste sur un sujet aussi majeur. Ils ont devant eux l'exemple d'un autre dissident, Hu Jia, arrêté à Noël dernier et jugé en catimini pour " subversion" au moment même où éclataient les émeutes de Lhassa. L'un des signataires, l'avocat Teng Biao, a récemment été kidnappé plusieurs jours par la police politique, puis relaché, sans doute pour l'intimider.
Ces hommes sont trop isolés dans la société chinoise pour peser d'un quelconque poids face à la machine de propagande officielle. Néanmoins, qu'il se trouve des hommes, dans le contexte tendu actuel, susceptibles de s'opposer à la ligne officielle, et qu'ils disposent, grâce à l'Internet, des moyens de réunir des dizaines de signataires de tout le pays, est un phénomène non négligeable qui mérite l'attention.
Face à eux, en effet, la machine de propagande officielle est lancée à plein régime. Le gouvernement diffuse à travers le pays les photos de 21 Tibétains recherchés pour leur rôle dans les événements des derniers jours. Et, dimanche, un éditorial publié simultanément dans plusieurs quotidiens officiels, lance une nouvelle salve d'attaques contre la " clique" du dalaï lama, accusé de se cacher derrière un discours pacifique et de préparer des " attentats terroristes" . Dans un article qui, comme le souligne la pétition des intellectuels, retrouve des accents de la révolution culturelle des années 60, Pékin accuse :
" Peu importe que le dalaï lama et ses partisans se camouflent derrière le prétexte de la " paix" et de la " non-violence" , leurs activités de sabotage visant à la séparation sont vouées à l'échec" .
Cette nouvelle attaque se produit alors que la bataille du bilan des récents événements n'est toujours pas résolue : 19 morts et 623 blessés, selon Pékin, pour la plupart des Han chinois lynchés par des émeutiers tibétaines ; 99 " morts confirmés" selon le gouvernement tibétain en exil à Dharamsala (Inde), pour qui les forces de l'ordre chinoises ont ouvert le feu. Version contre version, dans un black out médiatique complet puisque le Tibet est interdit d'accès aux journalistes étrangers, malgré la promesses de liberté de circuler en cette année des JO, faite au Comité olympique international (CIO).
Les signataires de la pétition demandent justement que le Tibet soit de nouveau ouvert à la presse, tant chinoise qu'internationale, et que le Comité des droits de l'homme de l'ONU envoie une commission d'enquête pour que la vérité soit faite. Ils invitent d'ailleurs le gouvernement chinois à publier les " preuves" qu'il dit détenir de l'implication du dalaï lama dans les violences de la semaine dernière, et appellent à l'ouverture d'un dialogue avec le chef politique et spirituel des Tibétains.
Cet appel ne sera pas entendu à Pékin, où le pouvoir chinois a clairement choisi de saisir l'occasion pour délégitimer ne fois pour toutes le dalaï lama. Il doit être encouragé par les réactions des gouvernements étrangers, qui ont été extrêmement timorées. Les opinions publiques ont plus vivement réagi : à noter cet appel de 26 Prix Nobel, lancé à l'initiative du Nobel de la paix 1986, Elie Wiesel, qui proteste :
" contre la campagne infondée menée par le gouvernement chinois contre sa sainteté le dalaï lama, notre co-lauréat du prix Nobel" [qui], " contrairement aux accusations répétées des autorités chinoises, ne cherche pas la séparation [du Tibet] avec la Chine, mais l'autonomie culturelle et religieuse" .
Dans un tel climat, les regards se tournent vers la communauté internationale, qui ne pourra pas faire éternellement le gros dos en espérant que la crise disparaisse des écrans de télévision. Les ministres des Affaires étrangères européens se réunissent cette semaine, et tenteront de définir une attitude commune dans la perspective des JO. Espérons qu'ils iront au-delà de l'" appel à la retenue" courageusement lancé par le gouvernement français !
► Le texte intégral en français de la pétition des intellectuels chinois.
- 13770 visites































En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.
Le texte est interressant et plein de sagesse. Il prône la réconcialiation des peuples et s’oppose à une répression aveugle.
Il dénonce la posture au relent maoiste des organes officielles de presse avec des « luttes à mort », etc.. qui desservent très fortement l’image internationale de la Chine, car immédiatement repris par nos médias comme autant de preuve de la violence de la répression.
Le blocage des informations ne peut être interprété que comme un aveu de culpabilité et les activistes pour l’indépendance du Tibet en profitent allègrement.
Ce que ne dit pas le texte cependant : a) Sa position par rapport à l’indépendance du Tibet (je suis prêt à parier qu’ils y sont opposés).
b) La couverture très anti-Chinoise des médias Occidentaux où on a pu assister à l’un des plus grossier exemple de manipulation de l’opinion qui m’ait été donné d’observer ces derniers temps.
Bonjour à tous,
J’ai eu l’occasion de débattre sur ce même sujet il y a quelques jours et je n’ai malheureusement pas toujours été bien compris. Il m’a été reproché de soutenir à la fois le gouvernement de Hu Jintao mais également la position de notre président Sarkozy.
Pour planter le décor, je suis marié à une « pure » Han mais qui a pris la décision en son âme et conscience de rejoindre le Bouddhisme Tibétain. Le Dalai Lama est devenu en quelque sorte son nouveau Dieu. Je vis maintenant en co location avec Bouddha…
Je souhaite intervenir sur ce blog afin d’éviter les trop rapides amalgames qui sont généralement faits à chaud sur un sujet aussi complexe. Je suis personnellement trés attaché au peuple Tibétain, les côtoie et les respecte. Ils ont toute ma sympathie. En revanche, et nous arrivons dans le vif du sujet, je ne pense pas que les réactions « épidermiques » de certains médias, intellectuels ou quelque relais de la « bonne » pensée, servent les objectifs que nous souhaitons tous. Je suis personnellement pour un Tibet autonome, pas indépendant car illusoire et malheureusement inconcevable pour une multitude de raisons que nous n’aurons pas le temps d’aborder ici. Ce qui me gène plus est de voir la « meute » sauter à la gorge des autorités Chinoises car cela, une fois encore, n’aidera pas à améliorer le sort des Tibétains.
Je souhaite préciser que la Chine vit aujourd’hui un tournant déterminant. Ce pays balance entre un désir d’ouverture et un souhait de radicalisation. De même qu’en Israél ou aux Etats Unis, vous avez aujourd’hui deux courants de pensée au sein du gouvernement en place, les faucons et les colombes. Je crois que la radicalisation des propos de l’occident envers la Chine va permettre aux faucons de tirer la couverture à eux et de fait toute la gesticulation actuelle va aider nos pires ennemis. Pragmatisme de laches pour certains, en tous les cas, là est ma philosophie.
Concernant le présent article sur lequel nous débattons , reconnaissez qu’il aurait été inconcevable il y a encore quelques années. Le fait que divers intellectuels puissent s’exprimer aujourd’hui, avec les risques notables qui en découlent, prouve que les temps évoluent. Rappelons que si la liberté de la presse n’est pas au mieux en Chine, elle semble évoluer dans le bon sens. Les journaux officiels Chinois notamment ceux diffusés en langue anglaise comme Shanghaidaily (les seuls que je pouvais lire lorsque je vivais à Shanghai pendant prés de 3 ans..)commencent à être critiques envers le gouvernement. Ils relaient des scandales de corruption, des procès tronqués et autres injustices. La Chine et c’est sur ce type d’affirmations que je me suis fait brocarder la semaine dernière, va dans le bon sens. Une deuxième affirmation à laquelle je crois est qu’en cas d’élections démocratiques, la plupart des Chinois donneraient la confiance à leurs dirigeants actuels. Et ce pour une seule raison, la situation économique et sociale du pays a connu un bond en avant gigantesque en quelques années.
Pour illustrer mes propos prouvant à l’amélioration en terme de démocratie de la Chine, je souhaite indiquer la nomination d’un nouveau ministre de l’environnement qui, fait exceptionnel, n’a jamais été membre du parti communiste. Pire, il a passé une quinzaine d’année en Allemagne à exercer chez Audi, c’est notamment à lui que l’on doit le nouveau moteur propre d’Audi.
En conclusion, ne disons pas Amen à la Chine, mettons lui le nez dedans si il y a lieu mais ne lui faisons pas perdre la face. Restons courtois avec eux, responsables et nous l’accompagnerons progressivement vers une nouvelle Chine capable de prendre le leadership du monde dans des conditions satisfaisantes.
Je ne suis pas sinophile, ni americanophobe d’ailleurs, je reste dans le pragmatisme.
A vous de voir, j’espère ne pas recevoir à nouveau les foudres de certains ayatollahs, si nombreux sur Rue89.
Je ne sais pas si vous me classez parmi les ayatollahs! Pour avoir vécu en Chine, je comprends parfaitement ce que vous dites, je suis juste géné par votre conclusion sur la « perte de face » et le fait de rester courtois. Oui à accompagner sereinement la Chine dans son développement, non à fermer les yeux sur tout ce que vous connaissez aussi bien que moi comme abus et absence d’état de droit. La Chine fonctionne aussi au rapport de force, et sait très bien qu’il est actuellement en sa faveur économiquement. Je ne suis pas sûr que la courtoisie empêche la franchise dans les rapports, or nos dirigeants, Chirac hier, Sarkozy aujourd’hui, sont dans la complaisance permanente dans l’espoir de décrocher des contrats. Ce n’est ni digne, ni payant. Et dans cette affaire tibétaine, il ne s’agit pas de choisir le dalaï lama contre la Chine, mais à force de ne pas vouloir faire « perdre la face » à Pékin, on va finir cautionner une répression dont on sait qu’elle peut être impitoyable, et conforter la Chine dans un comportement autoritaire qui risque de se retourner contre elle.
@JCVION
La Chine ne vit pas de tournant historique du point de vue de la démocratie, elle vit un tournant historique du point de vue de l’organisation économique et sociale.Le régime autoritaire sert d’ailleurs très bien les industriels qui s’installent là bas, et ceux quiveulent commercer avec la Chine.
La preuve de cette non évolution sur le plan politique est le sort même réservé à ces intellectuels qui s’expriment.
Toute la question est là, on peut ne pas être d’accord avec les manifestants Tibétains, ni avec ces intellectuels chinois mais comment accepter l’ombre de l’idée qu’ils n’ont qu’un seul droit c’est de se taire ?
Il est possible et vous semblez savoir de quoi vous parlez que l’évolution soit en cours, admettez tout de même que c’est très long et que pendant ce temps là, des gens sont traités « à la schlague ».
Le fait d’avoir nommé aux responsabilités une personne non issue des rangs du PCC pour moi ne prouve rien sinon que les dirigeants chinois ont compris que l’on pouvait être d’accord avec eux sans être « encarté ».
Je suis sûre en revanche de ne pas faire partie des « ayatollahs si nombreux Rue89 », étant une femme, je suis à l’abri de ce genre d’errement.
Ceci dit,votre intervention est intéressante, je trouve dommage que vous la concluiez par une insulte.
Pourquoi de telles attaques envers le gouvernement chinois ? (je dis bien le gouvernement).
Il se trouve 1/ les chinois, les Han colonisent le Tibet pour des raisons idéologiques (la puissance de l’empire du milieu, combattre la religion menace pour la religion d’état ce régime décadent), géostratégiques (le tibet surplombe l’Inde et contrôle l’approvisionnement en eau) et économiques (création d’un nouveau marché)
2/ les chinois détruisent une culture unique au monde riche de près de quinze siècles. Culture prônant la non-violence, dont les valeurs sont celles du développement de l’être humain (alors que ce que propose les chinois se réduit au mercantilisme le plus basique). C’est cet aspect qui révolte la plupart des gens ici et ce indépendamment des médias occidentaux.
C’est justement parce que les pays occidentaux sont passés par la case colonisation que c’est d’autant plus intolérable.
3/ les chinois se moquent de la communauté internationale. Ils ont eu les jeux olympiques et ne donnent rien échange (aucun progrès dans la reconnaissance des droits de l’homme). Ils se comportent comme les impérialistes et les capitalistes qu’ils dénoncent (Soudan, pollution, fonds souverains).
On nous rabâche les oreilles avec le fait qu’il s’agit de gérer un milliards d’êtres humains et donc la manière forte est requise. Quid ? de l’Inde ? société avec ses inégalités fortes certes mais il s’agit d’une démocratie.
On nous dit que le Tibet fait partie de la Chine depuis que l’histoire est histoire. La réalité est beaucoup plus complexe. L’histoire du Tibet et de la Chine est liée mais jamais le Tibet n’a été un état vassal de la Chine. Il fut même un temps où la Chine était une partie du Tibet. Le terrorisme d’état de la Chine et son poids économique ont largement contribué à la non reconnaissance du Tibet comme état indépendant par les membres des nations unies.
On nous dit que le Dalaï-Lama oeuvre dans l’ombre pour fomenter les troubles au Tibet. C’est lui prêter plus de pouvoir qu’il n’en a. C’est surtout complètement irréaliste quand on connaît ce que le bouddhisme recouvre. Sa philosophie. Bien au dessus de l’agitation temporelle des énervés de Pékin.
Voilà pourquoi la réaction est vive. Et aussi pourquoi on assiste à un tel étalage de mauvaise foi des défenseurs de ce régime fascisant et débilitant.