Pourquoi Obama doit préparer le monde à une déception

A la veille de l'élection présidentielle américaine de 2004, mon journal, le quotidien israélien Haaretz, a participé avec dix autres journaux à un sondage organisé par le Guardian britannique : qui le reste du monde voulait voir élu à la tête des Etats-Unis ? La réponse, obtenue à travers des sondages identiques dans dix pays, fut sans surprise : le reste du monde soutenait le candidat démocrate avec une marge de deux contre un.

Au Canada, John Kerry obtenait 60% de soutiens contre 20% à George Bush, en France 72% à Kerry contre 12% seulement à Bush, en Corée du Sud 68% à Kerry contre 18% à Bush. La Russie et Israël étaient les deux seuls pays dans lesquels une majorité soutenait le candidat républicain.

Les Américains étaient conscients de ce phénomène. Selon une étude du Centre de recherche Pew réalisée deux mois avant le scrutin de 2004,

" Dans un rapport de deux contre un (43%-23%), les Américains estiment que le déclin du respect pour leur pays constitue un problème majeur" .

Les Américains voyaient bien le problème, mais ont rejeté la solution et ont réélu Bush. Apparemment, ils s'intéressent à ce que le reste du monde pense d'eux, mais pas assez au goût de Kerry... ou à celui de Barack Obama en l'occurence.

\"Nous avons besoin d'un président qui reconnecte les Etats-Unis avec le monde\"

Dans sa déclaration de ralliement à Obama en janvier dernier, le sénateur démocrate Patrick Leahy déclarait :

" Beaucoup de gens dans le reste du monde ont perdu leur respect pour l'Amérique et l'espoir que ce pays leur donnait. C'est une tragédie." .

Dans tous les articles publiés par les principaux candidats à la candidature, publiés par la revue Foreign Affairs, un des seuls points communs était la nécessité d'améliorer l'image des Etats-Unis à l'étranger. Ainsi, Patrick Leahy :

" Nous avons besoin d'un président qui reconnecte les Etats-Unis avec le monde, et reconnecte l'Amérique avec elle-même."

Samantha Power, la conseillère d'Obama qui a dû démissionner après avoir traité Hillary Clinton de " monstre" , a déclaré pour sa part au Daily Telegraph britannique :

" Obama peut faire du porte à porte en Europe et dire 'comme vous, j'étais contre la guerre en Irak, mais qu'allons nous faire ensemble contre Al Qaeda ? '."

Il n'est pas difficile pour les partisans d'Obama de prouver que leur candidat est le favori du reste du monde. Lors de la première primaire globale de janvier, 20  000 démocrates répartis dans 164  pays ont pris part au vote, et ont accordé 66% des suffrages à Obama.

Si des Américains doivent être influencés par les opinions des gens auprès de qui ils vivent, ces électeurs-là seraient les premiers.

Les lecture des journaux et magazines européens renforce cette idée qu'Obama est le candidat favori de la planète. En 2008, comme en 2004, les Américains veulent un président qui peut soigner les blessures de l'ère Bush en terme d'image.

Un sondage réalisé pour l'Institut Aspen et World Learning montre que près de neuf Américains sur dix (88%) " considèrent qu'il est très important que le reste du monde ait une opinion favorable des Etats-Unis" .

S'il est élu, Barack Obama sera sans doute en mesure d'utiliser ces éléments favorables, à l'étranger comme aux Etats-Unis, pour parvenir à ses objectifs diplomatiques.

Une popularité mondiale qui risque d'être difficile à gérer

Mais les Américains prennent rarement en compte l'opinion du reste du monde lorsqu'ils choisissent leur président. Reagan n'était pas populaire à l'étranger mais a été réélu, Bush père était plus populaire à l'étranger qu'aux Etats-Unis lorsqu'il était opposé à Bill Clinton, et Gore tout comme Kerry étaient les favoris du reste du monde en 2000 et 2004.

S'il était élu, Barack Obama se trouvera dans une situation délicate par rapport à cette popularité générale. Certains fondements de cette popularité se trouveront sans doute validés : il traitera mieux le problème de Guantanamo, s'intéressera plus aux questions du réchauffement climatique, et mettra -un temps- la pédale douce sur le gros bâton ! Mais ce faisant, cela risque de lui compliquer la tâche sur la scène internationale.

Sur l'Irak, Samantha Power a admis publiquement (et c'est une des raisons de son départ) que le plan d'Obama pour un retrait rapide n'était qu'un scénario optimiste. Sur le réchauffement climatique, il dit les choses qu'il faut, mais ce qu'il fera n'est pas clair.

Et Obama, qui veut surtout qu'on ne pense pas qu'il est naif, ne veut sûrement pas qu'on pense qu'il ne sera pas un président sophistiqué. Il devra donc mettre en oeuvre des mesures énergiques pour le prouver.

Dans un précédent article, je rappelais un incident concernant le tout nouvel élu Bill Clinton. Il avait inversé sa politique libérale vis-à-vis des réfugiés haïtien après s'être vu présenter par la CIA des photos satellite montrant que des dizaines de milliers d'entre eux étaient en train de préparer des radeaux, pour profiter de sa politique plus ouverte.

Obama risque de se retrouver dans la même situation sur un certain nombre de sujets : sur l'Iran, si sa position actuelle de main tendue est perçue par les Iraniens comme un signe de faiblesse ; sur les écoutes illégales, si on lui amène des éléments concluants ; ou encore sur le Darfour, s'il réalise qu'il est en décalage avec la réalité.

Rester populaire dans le monde ou bien agir ?

Placé dans de telles situations, Obama se trouverait confronté au risque de décevoir une attente très forte. Il se trouvera devant le dilemme d'avoir à choisir entre le désir de maintenir son haut niveau de soutien dans le monde, et la nécessité d'agir d'une manière qui entamerait ce soutien.

Ses conseillers soulignent qu'il vaut évidemment mieux démarrer avec un capital de bonne volonté. Mais ce capital doit être utilisé avec doigté.

Cette forte attente pourrait aussi lui nuire aux Etats-Unis. Si les Américains s'atendent à ce que le reste du monde devienne pro-américain en cas de victoire d'Obama, ils risquent d'être déçus ! Bien avant le 11 Septembre, les sondages d'opinion en Europe montraient une frustration et une hostilité vis-à-vis de la domination américaine du monde. Et si les Américains perçoivent Barack Obama comme quelqu'un qui cherche à " apaiser" l'opinion mondiale, ils se retourneront contre lui.

Préparer le reste du monde à une déception

Voilà donc ce que Barack Obama devra faire, s'il obtient l'investiture démocrate (cela vaut également, dans une moindre mesure, pour Hillary Clinton) : préparer le reste du monde à une déception.

Oui, c'est valorisant d'être populaire en Allemagne ou en Egypte ; oui, la coopération initiale avec les autres membres du Conseil de sécurité sera plus facile que la confrontation ; oui, l'Obamamania est en train de sortir des frontières américaines et de devenir un phénomène global.

Est-ce une raison de se réjouir ? Sans doute, à court terme. Mais, à long terme, Obama décevra le monde de deux manières : soit il finira comme Clinton, c'est-à-dire en ayant à choisir entre la popularité internationale et une réalité difficile ; Soit il suivra la voie de John Kerry et perdra face au candidat le moins populaire dans le monde, suscitant une nouvelle fois des titres comme celui du Daily Mirror britannique après l'élection de 2004 :

" Comment 59  054  087 personnes peuvent-elles être aussi STUPIDES ? " [\"How can 59  054  087 people be so DUMB ? " )

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said sellali | cadre à nantes
15H14 27/04/2008

C’est plutôt le monde qui doit remettre les Etats-Unis à leur place. En effet, ces derniers n’ont aucun mandat pour régir les relations internationales entre Etats. Le prochain président américain devra donc à tout le moins cesser de foutre le bordel sur la planète et s’occuper un peu de ses compatriotes, ça ne pourra pas être pire que Bush le criminel de guerre.Quoiqoue, avec Mccain, les américains peuvent faire mieux dans le ridicule et le pitoyable, pour vraiment engager leur pays dans le déclin irréversible.

 
michelpa | prof honoraire univ paris7
17H36 27/04/2008

le discours d’Obama sur le racisme est si bon qu’on peut aussi penser qu’il inaugurerait une ère nouvelle, s’il était élu président, en s’attaquant à tous les néo colonialismes et en faisant respecter l’idée que toutes les victimes se valent, qu’une victime de soit disant terroriste n’est pas plus à déplorer ni moins à déplorer qu’une victime « collatérale  » de Dieu sait quelle frappe « chirurgicale », ou qu’une victime d’un embargo que l’on ne peut soigner faute de médicament, ou qu’une victime de la faim provoquée par la rapacité de quelque multinationale ou de spéculateurs sans morale. Qu’un enfant mort est un enfant mort quelque soit la couleur de sa peau et les raisons de son décès prématuré, famine, mine abandonnée après un conflit, balle « perdue ».
Et là, sans le moindre doute, Obama en proposant , respectant lui même et faisant respecter par son pays et les alliés de son pays cette isée ferait plus pour la grandeur de celui ci que tous ses prédécesseurs

 
psyche | Agitateur d'inconscience
17H56 27/04/2008

Bonjour à tous,

[Pourquoi Barack Obama doit préparer le monde à une déception?]

Parce que malheureusement et même s’il m’est sympathique, une fois au pouvoir il sera obligé de « composer » avec les « hautes sphères financières » qui ne font AUCUN sentiment avec l’humanisme, seul le taux de profit compte!

La seule différence tient dans la volonté du chef d’état à « résister » avec plus ou moins de force à ces « trafiquants d’influence ».

Bush lui, c’est fourvoyé avec ces gens, Mc Cain risque d’en faire autant si ce n’est plus….

H.Clinton sera moins réticente que B.Obama…

En conclusion, pour répondre à la question de façon légère tout en faisant un vilain jeu de mot:

Parce que Obama ne cassera pas la « barack »

 
imorrison
18H16 27/04/2008

Je viens des Etats-Unis. A l’étranger je me déclare souvent Tennessean pour voir la réaction [et quand je suis en France je fais ça exprès pour éviter que qq’un comme vous me donne une leçon sur mon arrogance]. La réponse systématique – ‘oh, vous êtes américain alors’. Si on me demande où ça se trouve le Tennessee, je réponds ‘les Etats-Unis d’Amérique.’

Ma copine est brésilienne. Elle vient du Brésil. Elle se présente comme brésilienne.
On ne l’appelle pas américaine. On ne dit pas qu’elle vient d’Amérique. On dit qu’elle vient du Brésil – ce qui se trouve en Amérique du Sud.

Les canadiens à l’étranger se présentent comme canadiens. Souvent ils mettent leur drapeau sur leur sac à dos pour qu’on ne pense pas qu’ils sont ‘américains’ – malgré le fait que le Canada [leur pays] se trouve en Amérique du Nord.

On ne m’a jamais présenté comme ‘états-unien.’ Le mot existe on français mais on ne l’emploie que rarement.

Si ça vous fait plaisir d’appeler les gens qui viennent des USA des ‘états-uniens’ pour contourner leur ‘arrogance’, allez-y. Mais se présenter comme ‘américain’ est simplement ‘révélateur’ qu’on vient des Etats-Unis. Si on me présente comme ‘américain’, est ce que vous risqueriez de me préciser ‘de quel pays ?’ Je ne pense pas.

Est-ce qu’un mexicain se présenterait comme ‘américain’ si il était en voyage en France?

 
kessy007 | kessy007.blogspace.fr
19H03 27/04/2008

Pourquoi dire que Barack Obama décevra forcément ? Je pense que l’article n’a pour seul but de décrédibiliser le candidat démocrate alors qu’il n’est même aux manettes.

Comment peut on dire d’une personne qu’elle décevra alors qu’elle n’a même pas commencé à travailler. Bon nombre d’observateurs s’accordent à dire que la victoire de B Obama donnera un retour de sentiment de confiance à l’adresse des États-Unis. Ce pays a besoin de balayé son passé raciste et impérialiste (les Indiens, les noirs) pour créer un nouvel avenir loin du conservatisme et dans l’évolution globale de ce pays en terme de mœurs notamment. Les américains ont aujourd’hui le choix de passer à autre chose… Nous saurons en juin ce qu’il en est. Je suis à 100% avec Barack Obama.

 
marie.sauvage | Apatoudi
20H57 27/04/2008

Je pense aussi que cet article ne vise qu’à décrédibiliser Obama ; avec une laborieuse finesse, des sabots de plombs et un savoir-faire que lui envierait bien des DRH psychologues d’entreprise. Son article est tout bonnement de l’intox tout en douceur. Et qui atteint malheureusement au pays des sourds et des aveugles. Apparemment il manque quelque chose à Obama que doit avoir Hillary Clinton ou les républicains. En tout cas il est clair qu’il ne va pas à certains.
Je ne dis pas, par ailleurs, qu’il me va.

 
bilou.
20H52 28/04/2008

Les américains aiment à élire quelqu’un qui fait peur au reste du monde, en tout cas c’est ce qui les a fait voter Bush en 2004, faute d’un candidat à la hauteur coté démocrate, était-ce à cause de l’angoisse suscitée par le 11 Septembre et l’orgueil d’une amérique qui se préparait depuis longtemps à l’apocalypse, des habitants armés jusqu’aux dents persuadés que leur pays serait le théâtre de guerre chimique et bactériologique. Cette fois ci, il semblerait que les républicains veuillent changer leur fusil d’épaule avec le calme et la tendresse d’un Mc Cain, quelqu’un qui porte les stigmates de ce qu’on peut bien appeler la barbarie de l’humanité, la guerre et ses diaboliques manifestations, les tortures. Un nom qui suscite sympathie et qui sonne familier, avec lui au moins on se dit qu’on mourra pas de faim, une image diamétralement opposée à celle de son prédécesseur, il fait un peu nounours efféminé, une sorte d’Eltsine made in usa, bref il est rassurant …
A contrario, il semblerait que ce soit le camp Clinton qui suscite aujourd’hui le plus d’inquiétude, surtout du fait de leur précédente mandature, les propos d’Hillary sur le feu nucléaire en dit long sur la méfiance des restes du monde à son égard, son annonce d’indépendance énergétique promet des batailles sur le plan économique sans merci. Et au milieu coule Obama, pour l’instant, il n’est que la résultante de forces d’opposition, arrivera-t-il à persuader les américains de voter pour lui, le gagnant sera celui ou celle qui concentrera le plus l’opinion sur sa candidature par tous les moyens, celui ou celle qui gardera un temps d’avance sur les médias tout en suivant la stratégie gagnante, celui ou celle qui aura la vision, la préparation, la résistance aux assauts, la lecture dans le jeu adverses, l’endurance, la baraka pour emmener le peuple avec lui ou elle ;)