La vidéo ultraviolente de Justice: une polémique marketing?

500 000 visites en une semaine. Le dernier clip de Justice, "Stress", cartonne sur Dailymotion. Les images de jeunes de banlieue qui prennent d'assaut Paris et ses passants avant de foutre le feu à des bagnoles font tellement débat que le site a dû désactiver la fonction "commenter". Les images de ce petit film de 6'45'' sont très violentes. La musique est épouvantable. La polémique prévisible.

Attention certaines des images de cette vidéo peuvent choquer un public jeune.



De l'ultramoderne. Du clip à triple emploi: mode, musique et cinéma. Capuchonnée, une petite armée de jeunes -maghrébins et noirs- portent de gros blousons de cuir noir siglés du logo du groupe; une croix noire. Ça n'a rien à voir mais les chanteurs du groupe ont lancé au mois d'avril une ligne de vêtements dont la pièce phare est un blouson de cuir à 700 euros, vendu chez colette, Surface to Air ou au Bon Marché. De là à y voir une stratégie marketing (pour l'album et les chiffons), il n'y a qu'un pas que certains blogueurs font volontiers.

Difficile d'échapper à 68 en ce mois de mai. Un blog, entièrement consacré à la question, y va de son analyse du clip de 6'45" du duo français:

"Le clip est violent? Oui, de la violence brute, nihiliste, qui s'attaque à tout. De la violence qui choque, qui nous ramène aux skins des années 1980, aux Warriors des seventies jusqu'aux pavés de mai 68, quand aujourd'hui on se regroupe pour danser la tecktonik. Un pavé dans la gueule, en somme (…). Choquer, éloge du nihilisme, nous voilà revenus au temps des situationnistes, de leur critique radicale de la société du spectacle comme elle est effectuée dans ce clip -'Ça te fait kiffer de filmer ça, fils de pute?'- jusqu'à l'autodérision quand les jeunes défoncent l'autoradio qui diffuse D.A.N.C.E., le premier tube du groupe."

Point d'héritier de Guy Debord pour Véronique Mortaigne, blogueuse musicale. Plutôt des nantis parisiens qui jouent à se faire peur et à nous faire peur pour vendre leurs disques:

"Stress exprime une fausse angoisse, parce qu’il est totalement surjoué et de ce fait banalise la violence et les agressions gratuites à la façon des jeux vidéo. Le scénario est basique: une bande de Noirs et de Beurs (sauvageons, apaches, racailles?) sillonnent la cité, puis les couloirs de métro, les rues, en cassant, en volant, en agressant comme des abrutis. Ni la petite vieille au sac à main ni la fille gironde qu’on touche sans états d’âme et même plus ni le jeune castagné pour rien n’échappent au catalogue. Les voyous portent des blousons estampillés du sigle de Justice, une croix au volume de cercueil noir -ce qui apparaissait jusqu’à lors comme un jeu de scène."

Victime du phénomène Amy Winehouse, le groupe gentillet et bien coiffé semble vouloir se donner une image plus destroy. Ce qui en fait ricaner beaucoup. Alors que d'autres voient, dans ce clip, un message fort.

Assonances, au terme d'une dizaine de visionnages et d'un commentaire d'images détaillé, conclu au chef-d'œuvre:

"Cocktail Molotov, le fait qu’un des membres du groupe prenne feu est aussi salvateur car il montre la recherche d’adrénaline et l’inclusivité de la violence au sein du groupe [J’ai inventé le mots mais ironie du sort il a déjà un sens que j’ai retourné sans le savoir. On retrouve à nouveau ici le parallèle avec Orange] La combinaison musique/image sur cette dernière minute transcende l’œuvre, lui offre son éclat, c’est le paroxysme indispensable pour sortir ce clip d’une lecture primaire. C’est à ce moment-là que je rejoins David Abiker quand il le compare à une d’œuvre d’art. On atteint le but de ce que représente pour moi ce clip: montrer l’hyperréel, donner un visage non fictionnel, car non médiatisé (cinéma inclus dans la mesure où la narration a été abolie, enfin presque), à cette révolte qui ne peut se canaliser que dans la violence."

Sur BlogMusique.net, le jugement se fait plus prudent:

"La mise en scène 'caricaturale' du banlieusard fort peu aimable, forcément noir ou 'visuellement' étranger et 'méchant', comme beaucoup se le représentent, apparait pour certains comme un outrage grossier et insultant, voir 'raciste' (pour d'autres) de la part du groupe (…) Sans doute Justice, à l'instar de Stanley Kubrick à une époque (voir la vidéo ci-dessous), a voulu traiter la violence de façon 'esthétique' et la caricaturer pour que les médias cessent de stigmatiser le jeune noir ou arabe des banlieues… ou présenter 'leur' réalité de la violence à leur sauce. A eux d'en répondre."



Echange de points de vue sur le blog de Scynthol qui lit dans ces images une critique des médias de masse et de l'image des banlieues qu'ils véhiculent:

"C'est vrai qu'à regarder TF1, à voir les images aux journaux, nous
ne sommes plus choqués par ce type d'images, et là pourtant… Personnellement, j’y vois comme un message destiné aux médias qui profitent des violences urbaines, et ne montre que les côtés négatifs de la banlieue afin de faire de l’audimat, de vendre leurs journaux (…) La fin nous le révèle de façon assez explicite lorsque le journaliste se fait défoncer a son tour. Le clip est une manière de décrire ce cercle vicieux…"

Si Eff admet être habitué à ces images violentes, il se sent embarqué par ces images:

"Ici, on est emporté de force dans le groupe, on semble participer à leur action, on ressent leur haine. On est confronté à nous même, à notre volonté d'action à savoir: on fait comme eux, on les suit. On à peur ou on trouve ça immoral et on essaye
de se détacher de la vidéo mais cela reste impossible par la curiosité de voir jusqu'où ça peut aller."

L'internaute observe également que le logo du groupe sur les blousons est métaphorique:

"Par cette violence certain veulent faire leur propre justice."

Le clip ne sera pas diffusé à la télévision. Ni Justice ni Romain Gavras ne souhaitent s'exprimer sur cette polémique. Sur le MySpace du réalisateur, le tube de "Starmania", "Quand on arrive en ville", passe en boucle: "Quand tout l'monde dort tranquille / Dans les banlieues-dortoirs / On voit les zonards / Descendre sur la ville / Qui est-ce qui viole les filles / Le soir dans les parkings? /Qui met l'feu aux building? /Toujours les zonards." C'était en 1978.


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Par Tibokaya
14H45    08/05/2008

Le parallèle avec "Orange Mécanique" est la première chose qui nous vient à l'esprit à la vision de ce clip. Puis nous viennent en tête les images de "C'est arrivé près de chez vous"...

Et puis finalement on se ravise en se rendant compte que ce clip passe à côté. Il n'effleure même pas la portée des deux films précédents. Ni dans la forme, ni dans le message.

"Orange Mécanique" a incontestablement vieilli pour un spectateur du XXIe siècle, et pourtant, l'intensité du film est toujours présente, et la réflexion sociale — sociétale — évidente. La violence gratuite (des jeunes) ne l'est pas vraiment (dans le message du réalisateur). Se pose la question de savoir où est la violence.

"C'est arrivé près de chez vous", c'est encore autre chose. Mais on se retrouve aussi un peu comme dans ce clip embarqué par des journalistes... Se pose la question plus contemporaine du regard et du relai des médias.

"Stress" n'est qu'une pâle copie, un mix (après tout, n'est-ce pas là l'essence même de l'élektro, le sample ?) de ce qui a déjà été fait. La portée du message en est considérablement diminuée, car il ne dépasse pas ce qui a déjà été fait : il ne fait que l'adapter, le mettre à jour...

Achefkalement,

 
14H45    08/05/2008

Dernier défilé de mode de Lacroix ?

Plagiat vidéo d'"Orange mécanique" vs "Ma T6 va craquer "en mode promo de zoublons à 700 neurones pour bobos chicos ?

C'est violent, gratuit, adrénaliné, mais d'où ça parle , camarade situationniste ?

De la provoc à deux balles pour effrayer le bourgeois, du clip des zidentitaires pour armer le françois ?

Dangereux de mettre en scène les fachos de banlieues, sans version sous titrée pour les borgnes et les mal comprenants !

Réécoutez "les loups" de Reggiani !

 
Par Crr
15H13    08/05/2008

Un clip dans le vent, réalisé par des gens dans le vent, mis en musique par des jeunes dans le vent, sur un thème lui aussi dans le vent.

Une technique marketing usée, mais toujours efficace.

Un bon coup (de plus) pour Pedro Winter qui sous ses airs de benêt a souvent le nez creux.

Un clip polémique alors que la musique de Justice s'essouffle après l'effet de surprise du début.(jamais trop aimé personnellement, peut-être que Stress est ce que j'ai préféré jusqu'à présent)

Ce n'est pas bien grave tout ça, ça va faire télécharger (et un peu vendre) le morceau, ça va réhabiliter le blouson noir, enrichir Pédro, Colette et les autres, et donner des idées à H&M pour l'hiver prochain.

Il n'est finalement pas si loin Guy Debord, tout ceci ne reste que du vent...

 
Par .gwen.
15H26    08/05/2008

Independamment du fait que justice, tout comme Daft Punk sont des groupes qui cultivent le "Buzz" a travers des concepts plus ou moins novateurs, on oublie ici une des références essentielles de ce groupe de snobinard parisien qu'est John Carpenter.

Déja il y a la récuperation de la croix qui doit etre issue de scenes de "the fog". Ici je pousse a l'extreme la comparaison de ce clip avec les films d'horreur de l'epoque: c'est un peu un remake version 21ieme siecle du concepts de l'invasion des morts vivants.

Tout comme dans les films de Carpenter, la musique, qui se veut stressante ou angoissante, est censé portée et mettre en valeur les images!

En résumé, c'est un peu du Carpenter ce clip

Et a propos du stress au travail, un clip qui a aussi des exces de violence, et la musique est plus classique:
http://fr.youtube.com/watch?v=7LrL6GRr2xA

 
15H38    08/05/2008

Un clip réussi? Oui. Une stratégie marketing? Sûrement !

Ce qui fait la force du clip, plus que son ultraviolence, c'est son réalisme. Les personnes mettant en doute réalisme de ce clip, le qualifiant de surjoué n'ont sans doute pas eu l'occasion de rencontrer des jeunes de cité, de discuter avec eux de les connaître. Ce qui dérange c'est que les victimes de ces casseurs sont des gens comme tout le monde, des innocents.
Ces victimes justement, son celles qui dans la vie de tous les jours refusent de s'imaginer la galère de jeunes de cité, leur détresse, leur solitude, leur exclusion. On s'offusque en se persuadant que :"c'est du cinéma tout ça" que c'est qu'une politique marketing. On en oublie que cette situation peut arriver (avec des jeunes de deux ans de plus).
Chacun est touché au plus profond de lui car chacun aurait pu se prendre le coup de matraque télescopique ou se faire assommer par une bouteille de pastis.

Plutôt que de critiquer ce clip il, ne tien qu'à chacun de penser que ces choses arrive et que ce n'est pas en les ignorant qu'on les fera cesser.
La solution? donner un échappatoire à tout le monde, la garantie d'un travail pour chacun, qui motiverait ces mecs pour ne pas décrocher; une situation moins précaire, des conditions de vie décentes, une éducation permettant de réfléchir par soi même... ce serait possible, il existe une alternative mais pas dans la politique actuelle. Mais c'est une autre histoire...

 
15H53    08/05/2008

A Vous écouter, Hugo Banlieusard, TOUS les jeunes de banlieues sont en détresse, galère.... Cela est faux, la majorité des banlieusards comme moi, se retroussent les manches et sans l'aide de l'Etat qui a failli à sa mission depuis belle lurette, essayent de s'en sortir.
Ainsi,moi, fils d'immigés marocains quasi- analphabètes mais stricts et ambitieux pour leurs gosses, j'ai pu faire des études de droit, avoir un Master 2 en Droit et Gestion du personnel et bosser aujourd'hui en tant que Cadre. Je ne suis pas le seul, croyez-moi, j'en connais des dizaines comme moi qui sont attaché territorial, prof, militaire chauffeur de bus,commerçant ou plombier... qui ont un boulot et s'en sortent. Ils représentent ceux dont on ne parle jamais car c'est politiquement incorrect.
C'est sûr que parler des brûleurs de bagnoles, surtout quand ils sont basanés, ça fait vendre plus de papiers.

 
16H23    08/05/2008

Les jugements pour ce clip peuvent être très opposés, quoi qu'il en soit le clip fait réagir et c'est le principal.

Chacun interprète le message à sa façon et je serais vraiment curieux de connaitre la version "officiel" du message qu'ils souhaitaient passer.

Pour ma pars ce clip m'a scotché et à eu de le mérite de me faire cogiter. Réel envie de dénoncer un système et une société qui est soit disant ultra-violente ou médiatiquement-instrumentalisée?Ou bien une pure outil marketing pour faire parler de leur création musicale? Peut-être bien et surement les deux!

Un clip qui change des productions neuneu où les filles se pavanent en minijupe sous une pluie de dollars... A bon entendeur.

 
16H26    08/05/2008

Dans Orange Mécanique, l'action se situe dans une société du futur, la violence est donc présentée comme quelque chose d'irréel. La bande annonce donne d'ailleurs des mots qui accentuent la distance à cette violence: "metaphorical", "sardonic", etc.
Ce qui choque dans le clip de Justice, c'est l'ancrage dans la réalité des banlieues. L'association musique = adrénaline = liberté = violence, très présente dans Orange Mécanique, n'est ici pas sublimée dans un contexte imaginaire: elle colle à la réalité sociale du moment. Dans des images aux fins publicitaires... C'est ce qui rend tout cela assez nauséeux.

 
Par Plokta
19H37    08/05/2008

A croire que personne ne l'a vraiment regardé cette video.

Avez vous vu qu'il y apparaissait un preneur de son et une camera ( même si elle reste invisible ) que viennent ils faire dans ce clip ?
A la dernière scène la camera devient un personnage propre du film quand la bande s'en prend au cameraman.

Nous avons ici deux niveaux de lecture:
1-la bande de jeunes qui casse tout, c'est apparemment ce que tous le monde voit,
2-les média qui poussent ces jeunes à jouer les casseurs, ces jeunes qui deviennent ce que veux voir la population à travers la camera : un caricature d'eux même.
Ce jeu se retourne contre l'œil qui le regarde, LA BÊTE SE RETOURNE CONTRE SON CRÉATEUR.
Nous avons ici une superbe critique de notre société actuelle, superficialité et premier degré créé ou provoqué par nos média. Le pire, c'est que personne ne réussi a faire cette analyse, la violence semble paralyser tout cerveau normalement constitué, demander vous pourquoi les discours populistes et xenophobe fonctionne si bien.

Bravo Romain Gavras, votre silence démontre que vous avez tous compris.