
Vacances obligent, le campus de la fac d'Orsay est presque vide. Mais parmi les quelques étudiants présents, l'amertume et la colère prévalent. Ils ont assisté aux concerts organisés, le 18 avril, par l'association étudiante qui gère la K'Fet sur Yvette. Deux concerts qui ont fini sous les tirs de grenades lacrymogènes et de flash-ball.Un collectif s'est formé immédiatement.
\"C'est un non-événement, aucune plainte ne nous est parvenue, personne n'a été déferré\", rétorque le procureur-adjoint au tribunal d'Evry. Un non-événement qui fait pourtant l'objet d'une large polémique entre les étudiants, les autres spectateurs présents ce soir-là et les forces de l'ordre.
Le procureur a recueilli le compte-rendu de la police et les notes de son substitut de permanence :
\"Les policiers sont intervenus afin de mettre fin à une altercation. Ils ont été accueillis par des jets de pierres et de cannettes. Au moment de faire sortir tout le monde, ils ont rencontré une résistance.\"
La police ne nie pas l'usage des gaz lacrymogènes, et affirme que c'est au milieu des fumigènes, dans la bousculade, que Mario Correia De Carvalho, un spectacteur en fauteuil roulant, s'est écroulé. La version de Mario est beaucoup plus précise. Selon lui, son fauteuil a été endommagé par un tir de flash-ball, alors que plusieurs personnes s'étaient placées devant lui afin de le protéger :
Dans le compte-rendu de la police, le déroulé de la soirée reste vague, mais une conclusion demeure : \"pas de plainte, pas de blessé\". Encore une fois, la version de Mario diffère : s'il n'y a pas de plainte, c'est qu'il n'a pas pu en déposer une. Au commissariat de Palaiseau, on l'a ainsi renvoyé vers l'inspection générale de la police nationale (IGPN).
Si les informations du procureur-adjoint sont succinctes, les étudiants, eux, ne sont pas avares de détails. A la K'fet, ce mardi, on s'échauffe encore lorsque le sujet est abordé. Secrétaire de l'association qui gère l'endroit, Lynda a l'habitude d'organiser des concerts dans cette petite salle très colorée, l'un des seuls lieux de loisirs du campus.
On y boit un café la journée, un verre le soir, on y papote autour d'un babyfoot et tous les vendredis, la musique s'y invite joyeusement. Elle était aux premières loges ce vendredi-là.
\"Occupez-vous de faire le tri entre les habitués et les gens des Ulis\"
\"Derrière le bar, un des mecs de l'association a commencé à s'accrocher avec un gars du public. Il lui a demandé d'aller fumer dehors\", commence-t-elle. Sur le parking, le ton monte, sous l'oeil mécanique d'une caméra placée en haut du bâtiment jouxtant la K'fet.
Elle décide de prévenir les services de sécurité du campus. Il est 23 heures. Le chef de la sécurité appelle la police. 23h05. Une voiture banalisée arrive. Trois policiers en civil en sortent, flash-ball à la main. Lynda leur explique que tout est réglé, que les organisateurs vont gérer seuls la fermeture.
\"On reste dans les parages, on doit attendre la deuxième voiture de renfort\", s'entend-elle répliquer. Au lieu d'un, sept véhicules font le déplacement. Parmi eux, la brigade des maîtres chiens. 23h45. Lynda annonce la fermeture. \"Occupez-vous de faire le tri entre les habitués et les gens des Ulis, on veut pas devoir le faire nous-mêmes\", ordonnent les policiers.
Une partie du public est en effet venue des Ulis, la ville voisine, soutenir Funk Ze World, le groupe de hip-hop-rap-jazz qui s'est produit en deuxième partie. La salle se vide. Il ne reste plus que vingt à trente personnes.
Sur deux lignes, en rangs serrés, ils évacuent le public restant
Les forces de l'ordre patientent derrière le bâtiment, sur la route. Hors du champs de la caméra de surveillance. Il n'est pas encore minuit, l'heure de l'extinction des feux obligatoire. Funk ze world entament un dernier titre, \"Assassin de la police.\"
Lynda enchaîne le récit de la soirée : \"L'un des policiers est entré pour m'ordonner de couper le son, mais le temps de tout éteindre, ils étaient tous à l'intérieur, bloquant les deux issues du fond.\"
Sur deux lignes, en rangs serrés, ils évacuent le public restant. \"Sur les caméras de la sécurité du campus, on voit bien, que tout le monde est sorti dans le calme\", se révolte-t-elle encore.
Au moment de sortir, une jeune fille jette le contenu de son gobelet au visage d'un policier. Tout dérape. \"C'était une belle séance d'entraînement sur public réel\", s'emporte un membre de l'association.
\"Le premier truc qui est parti, c'était une grosse gazeuse [une bombe lacrymo, ndlr], on voyait plus rien\", intervient Cédric, un autre étudiant présent ce soir là. Damien, lui aussi dans la salle, affirme avoir vu plusieurs personnes blessées, au ventre et aux jambes.
Lynda a pu filmer la sortie depuis le parking avec son téléphone portable. (Voir la vidéo.)
L'un des membres de Funk Ze World, \"L'Architecte\", s'insurge d'avoir vu son concert avorté, son public pris pour cible. Pour lui, les policiers ont saisi l'occasion de \"casser des jeunes des Ulis\". Il ne compte pas en rester là. (Voir la vidéo.)
Dix jours après les faits, la fac refuse encore de prendre position. \"Il reste des contradictions que l'on veut éclaircir avant de s'exprimer sur ce sujet\", explique un membre du service communication. \"Les policiers auraient dit qu'ils avaient une dérogation du doyen pour pénétrer dans l'enceinte de la K'fet, alors que c'est nous qui l'avons averti le lundi matin de ce qui s'était passé\", argue Lynda.
De son côté, Mario a fini par faire appel à l'IGPN, qui lui a expliqué que le procureur de la République était son seul recours. Il est en train de monter un dossier.
► Rectifié le 2/5 à 10h56. Mario n'est pas étudiant.



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Ah Bures sur Yvette, les Ulis…
Près de 25 ans de ma vie…
Les premières…
Rien n’a changé…
Toujours les mêmes préjugés d’un côté comme de l’autre…
Toujours les mêmes embrouilles à deux balles (maintenant de flash-ball).
Etant né et ayant vécu là-bas, je ne regrette pourtant pas de ne plus y vivre et d’y retourner si peu souvent.
25 km de Paris, juste avant les champs de poteaux électriques ou la vallée de Chevreuse.
Les Ulis, ville âgée de 31 ans, à 80% verticale, poussée sur plateau de champs de fraises.
Rejetée par référendum par les habitants des deux communes sur laquelle elle est née…
Un des premiers centres commerciaux régionaux de France…
Une zone industrielle uniquement consacrée au tertiaire..
Une cité dortoir où la mairie omniprésente (le maire qui était le même depuis 1977 a été battu cette année) a essayé tant bien que mal, grâce aux taxes professionnelles, d’investir dans le culturel, le social, les espaces verts, l’associatif,…
Quelques cités tranquilles, d’autres plus agitées, moins sécurisantes…
Un système de dalles et de passerelles tombé aux oubliettes.
A l’origine, les gens pouvaient faire le tour de la ville sans croiser une seule voiture, garées sous les dalles, en passant par des passerelles
A l’origine, bien sûr…
Mais bon je m’égare…
Pour revenir, à cette histoire, je vois toujours la même chose, les mêmes embrouilles à deux balles.
Et ça dérape…
Merci à la Police de savoir apaiser les tensions!

http://kprodukt.blogspot.com
« Dans une liaison encore plus contraire à la nature, dans un mélange presque hallucinant, la violence fondatrice de droit et la violence conservatrice de droit se trouvent présentes au cœur d’une autre institution de l’État moderne, la police. Celle-ci est, certes, une violence employée à des fins légales (avec droit de disposition), mais en mesure en même temps d’étendre elle-même très largement le domaine de ces fins (avec son droit d’ordonnance). Si peu de gens sentent le caractère ignoble d’une telle autorité, c’est parce ce que ses attributions suffisent rarement pour autoriser les plus grossiers empiètements, mais permettent de sévir d’autant plus aveuglément dans les domaines les plus vulnérables et contre les personnes intelligentes face auxquelles les lois ne protègent pas l’État. L’ignominie de la police tient à l’absence de toute séparation entre la violence qui fonde le droit et celle qui le conserve. S’il est requis de la première qu’elle s’affirme comme telle en triomphant, la limitation qui s’impose à la seconde est de ne pas s’assigner de nouvelles fins. La violence policière s’est affranchie de ces deux conditions. Elle est fondatrice de droit, car la fonction caractéristique de ce type de violence n’est pas de promulguer des lois, mais d’émettre en toute sorte de décrets prétendant au statut de droit légitime; et elle est conservatrice de droit parce qu’elle se met à la disposition des fins qu’on a dites. Il est faux d’affirmer que les fins de la police seraient toujours identiques à celles du reste du droit, ou simplement qu’elles auraient un lien avec elles. Au fond, le « droit » de la police indique plutôt le point où l’État, soit par impuissance, soit en vertu de la logique interne de tout ordre juridique, ne peut plus garantir par les moyens de cet ordre les fins empiriques qu’il désire obtenir à tout prix. Ainsi, « pour garantir la sécurité », la police intervient dans des cas innombrables où la situation juridique n’est pas claire, sans parler de ceux où, sans aucune référence à des fins légales, elle accompagne le citoyen, comme une brutale contrainte, au long d’une vie réglée par des ordonnances, ou simplement le surveille ». Walter Benjamin, 1921.
Gaz lacrymo et flash ball pour un verre jeté à la figure…. Il n’y a pas vraiment de mesure.
La gradation de la sanction est essentielle pour acquérir le respect.
Verbaliser la jeune fille aurait largement suffit.